Le don inattendu des limitations imposées par la COVID-19

Nous le savons, même si nous essayons généralement de l’ignorer, et tant que la moindre lueur demeure dans notre âme, nous cherchons de toutes nos forces à l’éviter. La réponse à ma devinette? L’inexorabilité de la mort, bien sûr. La mort est l’ennemi. La mort est l’ennemi. Nous savons que cela est vrai, non seulement à cause de notre réaction viscérale à la mort, mais aussi parce que les Écritures nous l’enseignent.[1] En cette période d’incertitude, où des reportages bouleversants nous informent quotidiennement des taux d’infection et de mortalité dans les régions du monde ravagées par la COVID-19, la mort, ou tout au moins des stratégies pour l’éviter, occupe les pensées de tous. Mais ceci n’est pas entièrement négatif. En fait, une prise de conscience de notre mortalité peut être un don, si nous lui permettons de l’être. Et alors que nous nous préparons à célébrer Pâques dépourvus des rassemblements habituels, nous pouvons tirer encouragement du carême comme d’un don de Dieu pour une période comme celle-ci.

La poussière retourne à la poussière

Le carême est une saison de préparation pour Pâques, un rappel cyclique que la vie éternelle est maintenant offerte à tous en tout temps par Jésus, le sauveur ressuscité du monde, qui nous invite à vivre dès maintenant dans son Royaume. C’est un concept très large que nous devons examiner de nombreuses fois (tout comme cette dernière phrase) afin d’en saisir toute l’étendue et les implications pour nos vies. C’est la raison pour laquelle le carême fait partie du calendrier liturgique chrétien, pour que nous puissions revoir ces faits chaque année dans l’espoir de mieux nous les approprier.

En tant que saison de préparation à l’entrée dans la réalité de la vie éternelle, le carême commence par la mort. Le mercredi des Cendres nous vient soudainement à l’esprit si nous connaissons le calendrier liturgique. Vous pouvez en apprendre davantage sur ce jour saint ici, mais essentiellement, le mercredi des Cendres consiste à nous rappeler notre mortalité. Des cendres sont apposées sur votre front en forme de croix et ces mots sont prononcés sur vous : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à cette poussière. » Au cours des semaines qui suivent, l’espoir est que cette prise de conscience de la réalité nous conduira à la sobriété concernant la manière dont nous vivons les jours qui nous sont accordés et à la repentance pour les façons dont nous péchons contre Dieu, contre notre prochain et contre le monde. À tout le moins, le mercredi des Cendres devrait nous aider à réaliser l’importance de ralentir, de faire une introspection et d’inviter Dieu à nous rencontrer là où nous nous trouvons.

Des sacrifices défiant la mort

Alors que je m’installe dans le rythme de vie qui m’est imposé par la COVID-19, je ne peux pas ignorer l’ironie du fait que le meilleur moyen de préserver ma vie ainsi que celle de mes proches est de m’abstenir de certaines choses. Nul besoin d’héroïsme, seulement de me confiner à l’intérieur. C’est difficile pour moi, comme pour la plupart des gens, car j’aime vivre une vie active. Toutefois, au-delà des contraintes physiques, je lutte encore plus avec le défi posé à mon mode de vie activiste — faire autant que je peux pour que ma vie compte. Je perçois ce défi comme étant la plus grande menace à ma vie en ce moment.

Il est intéressant de noter que s’abstenir de certaines choses afin d’augmenter ses chances de vivre, c’est l’essence même du carême. Tout comme l’amour pour les gens de notre entourage nous pousse à des actions concrètes pendant la crise de la COVID-19, le carême est une invitation à adopter des pratiques intentionnelles pour promouvoir notre bien-être spirituel. En cette saison de carême et de COVID-19, il est à espérer que nous sommes aussi motivés de promouvoir notre santé spirituelle que de préserver notre vie physique.

L’une des métaphores de Jésus les plus mémorables concerne la vigne et les sarments. Il a précisé que le Père enlève « [t]out sarment qui est en moi et qui ne porte pas de fruit […]; et tout sarment qui porte du fruit, il le taille afin qu’il porte encore plus de fruit ».[2] Ce qui vaut pour les croyants individuels dans cette histoire (les sarments) vaut également pour les nombreuses activités que chacun de nous entreprend quotidiennement. Certaines de nos activités, même celles qui sont spirituelles, ne sont simplement pas porteuses de vie et devraient être abandonnées. D’autres nécessitent une réévaluation attentive.

Des organismes vivants ou des machines ?

Nous vivons à une époque d’activité constante où plus, c’est mieux, et où une vie occupée est attendue. Dans le monde de l’industrie, si une pièce s’use, il faut la remplacer, mais sans faire ralentir la production. Nous avons commencé à traiter notre corps de la même façon, autant que nous le permet la technologie actuelle. Mais les êtres humains sont-ils des organismes vivants ou des machines? Ce qui est bon pour l’un ne l’est pas nécessairement pour l’autre. Dans le monde végétal, retrancher les branches inutiles tout en taillant les branches fructueuses assure une récolte abondante. Dans la vie d’un être humain, éliminer des pratiques pécheresses tout en évaluant régulièrement même nos « bonnes activités » avec l’entière volonté de les tailler fait en sorte que nous ayons du temps et de l’énergie pour les personnes et les engagements qui valent le plus notre temps.

En cette période, la tentation est grande de remplacer toutes nos activités face à face par des activités virtuelles. Bien que j’apprécie la technologie et le fait qu’elle permet à la vie de se poursuivre comme avant, je pense que nous ferions bien de ne pas sauter rapidement dans le train en marche sans avoir pris en considération ce qui pourrait être acquis et appris au travers de notre capacité limitée à cette époque. À quand remonte la dernière fois que nous avons évalué non seulement notre croissance, mais la santé générale de nos ministères et surtout celle des personnes qui en font partie? Il s’agit d’un moment Marie et Marthe alors que nous sommes nombreux à nous inquiéter de la manière de rendre nos ministères aptes à naviguer avant que la vague virtuelle soit passée. Osons-nous passer le reste du carême (et même le reste de cette période d’isolement forcée par la COVID-19) aux pieds de Jésus, non pas dans la passivité, mais en l’écoutant attentivement et en découvrant les choses qu’il a dans son coeur pour nous et pour ceux que nous servons?

Moins = Plus

Les sacrifices du carême, que ce soit l’abstinence vis-à-vis d’un aliment ou d’une activité quelconque, nous permettent d’évaluer l’impact de ces choses sur notre vie et même de décider si elles devraient en faire partie. Grâce au mode de vie simplifié qui leur est imposé en raison de la COVID-19, les gens dans le monde entier réalisent actuellement combien « plus » ils obtiennent de « moins ». Même les restrictions relatives à notre liberté de mouvement s’avèrent une bénédiction pour les nombreuses personnes qui souffrent de la surabondance de choix. Le fait de nous imposer volontairement des limites pendant une période de l’année équivaut à couper les branches mortes et à tailler celles qui sont fructueuses dans notre vie. Les pratiques du carême sont un moyen de passer de la mort à la vie dans notre vie quotidienne. De nombreuses personnes, espérons-le, découvriront cette année la valeur de ces pratiques même dans les moments où aucun virus mortel n’existe pour servir de motivation.

Reconnaître la fragilité et la durée de vie limitée de notre existence physique devrait nous rendre plus enthousiastes de plonger la tête la première dans tout ce que Dieu nous a donné. Mais ne soyons pas ignorants des choses qui ne mènent pas à la vie. Profitons des limites de ce moment historique pour nous retirer, pour demander à Dieu de nous révéler ce qui se trouve dans notre coeur, et pour rejeter « tout fardeau et le péché qui nous enveloppe si facilement ».[3] Ne l’oublions pas, ces péchés existent autant aux niveaux personnel que sociétaire. Notre repentance doit aussi prendre les deux en compte. Le carême est comme un ménage du printemps intérieur. Voilà quelque chose de constructif à faire alors que nous sommes confinés chez nous.

Image par Joshua Eckstein


  1. 1 Corinthiens 15.26.
  2. Jean 15.2.
  3. Hébreux 12.1.