La nature paradoxale du Royaume de Dieu

Dieu vit en communauté, car Dieu est Trinité. C’est une doctrine chrétienne fondamentale et, pourtant, l’une des moins comprises autant par les croyants que par les non-croyants. Dieu le Père partage son être, ses expériences, sa douleur et sa joie avec le Fils et le Saint-Esprit dans la plus parfaite et intime union. C’est mystérieux et complexe et au cœur de la manière dont Dieu se révèle à nous.

Jésus, dans sa prière pour ses disciples, prie que nous puissions expérimenter la même union entre nous que lui-même expérimente avec le Père (Jean 17.21). Inévitablement, nous courons à notre perte si nous essayons de croître spirituellement sans cette communion que Jésus souhaite tant pour nous. Mais cela ne veut pas dire que c’est chose facile.

À la base, les êtres humains sont des êtres interdépendants. J’ai besoin de toi, tu as besoin de moi. J’ai besoin de me confier, de me confesser, de demander de l’aide et de pouvoir offrir de l’aide à mon tour. Cette saine interdépendance est à la base de la communauté chrétienne, ce regroupement de gens qui cherchent à vivre selon les principes du Royaume de Dieu.

Tristement, notre vision de Dieu nous porte parfois à nous renfermer sur nous-mêmes au lieu de nous ouvrir aux autres. C’est le cas lorsque la honte de notre imperfection et la culpabilité de notre péché nous incitent à nous isoler. Il s’agit d’une double erreur : celle de voir Dieu comme notre accusateur (au lieu de celui qui nous affranchit) et de croire que notre performance détermine notre valeur et notre acceptation par lui. Il est impossible de nous laisser aimer lorsque nous nous croyons fondamentalement indignes. Et si Dieu nous rejette, comment pouvons-nous nous attendre à être mieux traités par les êtres humains? Ce n’est qu’un exemple de ce qui arrive lorsque nous attribuons de fausses caractéristiques à Dieu et ignorons les principes du Royaume de Dieu.

Une vie à l’envers

Le Royaume de Dieu est un monde à l’envers. Il choque les idées reçues et terrasse les principes que l’on croyait inébranlables. Il nous force même à remettre en question la manière dont nous vivons notre foi. En tant que chrétiens, nous voulons accomplir de grandes choses pour Dieu et pour le bien de ceux qui nous entourent. Si ce n’est pas le cas, cela devrait l’être. Mais les valeurs et les principes qui déterminent le « succès » dans l’ère moderne ne fonctionnent pas dans ce royaume à l’envers. Par exemple, dans la société occidentale actuelle, nous exigeons l’immédiateté autant que possible, y compris en ce qui a trait à la maturité spirituelle. Nous voulons voir les résultats de nos efforts sans avoir à user de patience. Mais Dieu n’agit pas de cette manière la plupart du temps.

Le Royaume de Dieu est un monde à l’envers. Il choque les idées reçues et terrasse les principes que l’on croyait inébranlables. Il nous force même à remettre en question la manière dont nous vivons notre foi.

Pour comprendre la différence entre la vie dans le Royaume de Dieu et l’approche de la culture occidentale, il suffit de comparer la nature à la technologie. Une jeune plante ne donne pas de fruits immédiatement; c’est impossible et contre sa nature. De plus, lorsque nous manquons de patience et cueillons un fruit avant qu’il ne soit mûr, le fruit est dur, amer, ou simplement immangeable. La technologie, au contraire, est conçue dans l’objectif de rendre toute chose immédiate. C’est pourquoi nous pouvons maintenant accéder instantanément à de l’information pratiquement illimitée sans lever les yeux de notre téléphone. La patience semble être chose du passé.

Néanmoins, les êtres humains ne sont pas des êtres technologiques, mais plutôt spirituels et biologiques. Et la façon dont Dieu travaille en nous sur les plans physiologique, émotionnel, intellectuel et spirituel est progressive. Nous ne pouvons pas accélérer notre croissance physique et nous ne devons pas non plus essayer d’accélérer notre croissance spirituelle.

La croissance spirituelle, ou dit autrement, la croissance vers la « pleine humanité », est un phénomène qui s’échelonne sur toute une vie. Devenir pleinement humain, c’est de ressembler à Dieu, de porter son image de plus en plus parfaitement. Il n’existe aucun raccourci, aucune formule magique. Nous devons tous passer par les mêmes étapes, bien qu’elles puissent être franchies dans des circonstances très différentes. Comme la semence de toute plante dans le monde naturel, nous devons mourir dans l’obscurité, enfouis dans le sol de la vie ordinaire, et attendre le moment où nous serons enfin prêts à revivre sous une forme nouvelle. Nous ne pouvons pas contrôler ce processus, bien que nous puissions parfois choisir de nous exposer aux conditions favorables.

Dieu seul sait le jour où il révèlera la tige de notre nouvelle vie à la lumière du jour. Mais cela ne se passera pas avant que nos racines aient commencé à pousser vers les profondeurs, puisant leur énergie dans les pratiques spirituelles de la vie intérieure. Si, au contraire, nous choisissons de court-circuiter son œuvre en nous, cela mène tôt ou tard au désastre. Mais Jésus, qui a employé l’image de la semence dans plusieurs de ses paraboles, nous promet de mener à bien ce qu’il a commencé en nous lorsque nous nous soumettons au processus de mort à notre ego afin de revivre à l’image divine.

Une vie en communauté

Si nous voulons avoir un impact pour le bien de ceux qui nous entourent, nous devons d’abord croître personnellement. La croissance personnelle ne se fait pas seul, bien que la transformation se produise au fond de notre être. L’objectif de la transformation est de « revêtir l’homme nouveau », l’image de Dieu telle qu’elle est représentée en Jésus, « l’Homme-Dieu » qui a vécu sa vie entière en communion parfaite avec son Père et l’Esprit-Saint (Éphésiens 4.24). Il est donc impossible de croître dans notre ressemblance au Dieu trinitaire dans l’isolement.

La Trinité est un mystère qui dépasse l’intelligence. La communauté l’est autant. Pourquoi s’exposer à toutes les frustrations et les complications de partager sa vie avec les autres? N’est-ce pas bien plus simple de s’occuper simplement de sa propre spiritualité? Le hic, c’est que l’amour est impossible sans l’autre, et l’amour est la manifestation ultime de la spiritualité. L’épanouissement véritable de l’individu est atteinte non à travers son indépendance, mais à travers sa communion profonde avec les autres. La croissance se mesure selon la capacité grandissante de l’individu de mettre de côté ses ambitions, ses préférences et sa réputation afin d’aimer et d’honorer les personnes qui l’entourent, en particulier ceux qui lui ressemblent le moins. Si nous ne savons reconnaître Jésus dans les autres, comment saurons-nous l’aimer lui (1 Jean 4.20)?

La croissance se mesure selon la capacité grandissante de l’individu de mettre de côté ses ambitions, ses préférences et sa réputation afin d’aimer et d’honorer les personnes qui l’entourent, en particulier ceux qui lui ressemblent le moins.

Se prévaloir du titre « chrétien » est une chose extraordinaire si nous prenons ce mot au sérieux. S’il fallait mériter le titre de « petit Christ », la communauté serait le dernier de nos soucis, car nous serions, bien au contraire, en compétition avec les autres quant à notre rendement spirituel. Heureusement, être chrétien consiste à avoir dit oui à un cheminement vers la personne que nous sommes appelés à devenir. C’est d’être honnête par rapport à nos manquements et le chemin qu’il nous reste à parcourir pour arriver au but qui est toujours devant nous.

Si nous voulons ressembler à Jésus, et même plus, demeurer en lui, nous allons devoir embrasser de tout notre être l’attitude qu’il a lui-même adoptée en venant vivre parmi nous. Nous allons devoir nous défaire de nos ambitions personnelles et choisir de servir comme celui qui a dit être venu « non pour être servi, mais pour servir » (Marc 10.35-45). Et si nous voulons aimer selon l’amour qui existe au sein de la Trinité, nous allons devoir commencer par recevoir l’amour que Dieu a pour nous. C’est seulement de cette manière que nous pourrons abandonner notre quête identitaire et obéir à l’exhortation de l’apôtre Paul : « [P]ar humilité, considérez les autres comme plus importants que vous-mêmes; et que chacun regarde, non ses propres qualités, mais celles des autres. » (Philippiens 2.3-4)

Vivre dans le monde à l’envers requiert du courage, de l’humilité et surtout de la confiance dans la nature de Dieu. C’est pourquoi Jésus nous a laissé le « Notre Père » comme modèle de prière. Seulement lorsque nous sommes convaincus de l’amour inconditionnel de Dieu notre Père, sommes-nous capables de désirer sincèrement la venue du Royaume de Dieu « sur terre comme au ciel ». Et c’est à travers les personnes que Dieu a placé dans notre vie que nous arrivons à croire à l’amour qu’il peut avoir pour nous. La communauté chrétienne est une manifestation du royaume paradoxal de Dieu. C’est l’endroit où nous abandonnons notre indépendance et trouvons des compagnons pour le long chemin qui est devant nous.

Le Royaume de Dieu c’est notre seule patrie. Avec qui cherches-tu ce royaume aujourd’hui?