Quatrième article de la série

Redécouvrir le carême : une saison pour renaître


L’océan. Le grand bleu. Cette étendue quasi infinie d’eau qui fascine depuis toujours les êtres humains qui, encore aujourd’hui, n’en connaissent qu’une infime partie. Depuis plusieurs semaines maintenant, je cherche une image adéquate pour aborder l’un des éléments les plus importants, et méconnus, du carême : la pénitence. Ce n’est qu’hier soir, en regardant un film documentaire, que cette image m’est venue à l’esprit.

L’âme de l’être humain est comme l’océan. Parfois calme et sereine, parfois tempétueuse et menaçante. Ce qu’il y a de constant chez elle, c’est qu’elle renferme beaucoup plus de choses que ce qu’elle dévoile à la surface. De ce fait, ignorer ce qui se meut dans nos tréfonds, c’est laisser entre les mains du hasard la destinée de la plus importante partie de notre être. 

C’est précisément ce dernier parallèle entre l’océan et notre âme qui m’a le plus frappé lorsque je regardais le film documentaire en question. Le film examinait le parcours de Sylvia Earle, l’une des biologistes de la vie marine et des explorateurs les plus influents du 20e siècle. À travers les conférences qu’elle offre encore aujourd’hui, Sylvia Earle cherche à partager la beauté et la fragilité de l’univers sous-marin qu’elle a eu la chance de voir de près depuis presque 60 ans. Sa passion, sa mission, c’est de sensibiliser le monde à la destruction que nous faisons subir à la création aquatique, création sublime et essentielle à l’avenir de notre planète.

La situation est urgente, mais Sylvia Earle croit fermement qu’il n’est pas trop tard pour changer la trajectoire que nous suivons présentement. Il est encore possible de restaurer les océans et de garantir un avenir à toute la vie qu’ils renferment. Mais pour cela, nous devons changer nos habitudes de consommation et même reconsidérer certains aspects de notre culture. Nous devons changer, sinon nous achèverons de détruire les océans et, en même temps, notre propre avenir.

Sur le plan personnel, c’est la même chose qui nous arrivera si nous continuons d’ignorer ce qui se passe au fond de nous.

La vie de l’âme

Notre vie intérieure, notre âme, notre cœur — donne-lui le nom que tu veux — est semblable à l’océan. Son écosystème est fragile et sa santé dépend de l’équilibre entre ses différentes parties. Comme avec l’océan, nous pouvons choisir d’ignorer ce qui se passe dans ses bas-fonds, même si son état détermine la santé de notre être entier. Souvent, nous faisons plus que simplement la négliger; nous la polluons et lui faisons violence par nos choix de vie. Nous péchons contre nous-mêmes en détruisant la partie de notre personne que Dieu a conçue pour être une source de vie (Proverbes 4.23). Comment pouvons-nous, alors, être non seulement des personnes pardonnées, mais aussi transformées?

Comment être non seulement des personnes pardonnées, mais aussi transformées?

En tant que chrétiens, nous parlons souvent du péché et de ses effets dévastateurs sur notre vie, et nous célébrons le glorieux pardon qui nous est offert à travers le sacrifice de Jésus. Mais quelque chose manque fréquemment à notre expérience de la vie nouvelle en Jésus. Bien que nous recevions le pardon de nos péchés, nous n’expérimentons pas pour autant la restauration de notre âme, la guérison dans la profondeur de notre être. Il ne suffit pas de reconnaître les abus qui ont eu lieu par le passé. Il faut s’assurer de ne plus les répéter.

Le problème, c’est que nous court-circuitons le processus par lequel nous traitons le péché et ses effets dévastateurs. Il est vrai que le pardon des péchés est un don de Dieu qui ne peut pas être mérité par quoi que ce soit que nous fassions (Éphésiens 2.8-9). Mais une fois le pardon reçu, nous avons parfois l’impression d’être laissés à nous-mêmes pour la suite. Nous savons que « par notre union avec le Christ, Jésus, Dieu nous a créés pour une vie riche d’œuvres bonnes qu’il a préparées à l’avance afin que nous les accomplissions » (v. 10). Et nous savons que c’est l’Esprit Saint seul qui peut nous rendre capables de marcher en nouveauté de vie. Mais quels pas pouvons-nous faire pour concrétiser cette nouvelle vie?

L’ingrédient oublié

Pour commencer, il faut faire le deuil des recettes miracles et des formules magiques. Bien que certaines personnes expérimentent une transformation de vie instantanée lorsqu’elles viennent à Christ, la plupart d’entre nous doivent progresser pas à pas vers la sanctification depuis le premier jour de notre marche chrétienne. Notre objectif est de demeurer en Christ (Jean 15), mais nos prédispositions et habitudes de vie nous poussent encore à obéir à nos impulsions. Nous cherchons à avoir la pensée de Christ (Philippiens 2), mais nos blessures et nos insécurités, l’héritage de notre passé brisé, nous incitent encore à être méfiants et égoïstes. Nous voulons nous revêtir de l’homme nouveau (Éphésiens 4.24), mais comment faire, au juste?

Le mot « pénitence » peut susciter chez toi bien des images. Personnellement, j’en avais plusieurs : punition (pénitencier), souffrance que l’on s’inflige soi-même (flagellation) et accablement (le sac et la cendre). Ce sont les aspects négatifs du terme pénitence qui tendent à persister dans la pensée populaire et qui finissent par noircir le mot dans son entier. Cependant, bien qu’elles soient partiellement justes, ces définitions ne reflètent pas de manière adéquate le sens de ce mot. Voyons ce que nous pouvons retirer des cendres de ce mot exécuté au bûcher. 

Selon le Larousse, la pénitence, c’est le « regret d’avoir offensé Dieu, avec la volonté de ne plus recommencer ». La pénitence, c’est donc la repentance. C’est également la « vertu qui suscite chez le pécheur le retournement de tout son être vers Dieu ». En d’autres mots, il s’agit de la conviction que le Saint-Esprit effectue dans le cœur du croyant. Mais la définition ne s’arrête pas là : plus bas, nous lisons une autre définition de ce terme perdue de vue depuis bien trop longtemps : « acte ordonné par le confesseur pour l’expiation de la peine due au péché ». Plusieurs choses dans cette définition doivent ici être examinées de plus près.

Pour les chrétiens protestants en général, l’idée de faire des actes quelconques en vue « d’expier » le péché est vue comme une erreur fondamentale concernant la doctrine de justification par la foi. Disons donc, avant d’aller plus loin, que ce n’est pas de cela qu’il s’agit ici. Notons également que, pour les croyants catholiques tout autant que pour les protestants, la pratique de la confession de ses péchés à un confesseur est beaucoup moins commune qu’elle ne l’était par le passé. Il en va de même pour les « actes d’expiation » que le confesseur donne à pratiquer. Aurions-nous tous perdu de vue quelque chose qui pourrait énormément nous aider dans notre cheminement?

Plonger sous la surface

Pour apprécier la pénitence, nous devons d’abord reconnaître l’importance de la confession. La Bible enseigne que nous sommes tous membres les uns des autres, faisant partie du corps de Christ (Romains 12.5). De plus, elle nous exhorte à confesser nos péchés les uns aux autres et à prier les uns pour les autres afin d’être guéris (Jacques 5.16). La confession est un élément essentiel à la santé de tout croyant, car, ne l’oublions pas, l’âme de l’être humain est comme l’océan : vaste, mystérieuse et pour sa majeure partie cachée à la vue. Aussi longtemps que notre âme reste inconnue, nous ne pouvons rien faire pour elle, car nous ne connaissons pas sa réelle condition, ni ce qu’il faut cesser de faire ou entreprendre afin de l’aider.

Si notre âme se meurt par désintérêt, par abus ou par les conséquences de péchés non réglés, nous ne pouvons recevoir l’aide dont nous avons besoin sans permettre aux autres de voir ce qui se passe sous la surface. Pour guérir, nous devons nous ouvrir aux autres, car ces derniers ont ainsi l’occasion de jeter la lumière dans les coins sombres de notre être. Ils peuvent prononcer la vérité de l’Évangile là où les mensonges avaient jusqu’alors la permission de régner. La condamnation est enlevée par l’entrée de la grâce et l’espérance luit alors que le désespoir prend ses jambes à son cou et fuit.

Pour guérir, nous devons nous ouvrir aux autres, car ces derniers ont ainsi l’occasion de jeter la lumière dans les coins sombres de notre être. Ils peuvent prononcer la vérité de l’Évangile là où les mensonges avaient jusqu’alors la permission de régner.

Lorsque nous permettons aux autres de voir à l’intérieur de nous, nous devenons en même temps conscients de la réalité de ce qui se passe en nous-mêmes. Nous percevons la profondeur des blessures qui affectent nos relations et prenons conscience de notre style de vie malsain. Ce que nous voyons peut être très laid. C’est normal, et c’est pourquoi la plupart des gens choisissent d’enfouir et de garder caché ce qui se passe en dedans. Choisir de guérir est un acte valeureux.

Puis une fois que nous plongeons sous la surface et voyons toute la pollution et la destruction qui s’y trouvent, que pouvons-nous en faire? Si nous avons confessé nos péchés et mis notre foi en Jésus, nous sommes pardonnés pour tout le désordre dans notre vie. Mais notre vie ne changera pas si nous ne cessons pas de faire les choses qui ont mis notre âme dans son état actuel. Et c’est ici que tout se joue. Comment faire revivre notre âme selon la vie abondante en Christ, selon les principes d’une vie en pleine santé spirituelle, émotionnelle et relationnelle? Il faut faire mourir notre ancienne façon de vivre. C’est ici que la pénitence donne du mordant à notre spiritualité. La pénitence nous permet de mordre dans le concret.


Pratiques pour vivre le carême

Seul :

Pose-toi les questions suivantes :

  • Est-ce que je demande régulièrement à Dieu de me sonder et de me révéler ce qui se passe au-dedans de moi? (Psaume 139.23-24)
  • Quels sont les aspects de ma vie intérieure que je garde cachés?
  • Est-ce que je suis prêt(e) à croire de nouveau que Dieu peut guérir mon âme et m’accorder la liberté après laquelle je soupire tant?
  • À qui vais-je dévoiler ce qui se passe au fond de moi?

Avec ton confesseur* :

Confesse :

  • ton orgueil, ton cynisme, ta honte et ta difficulté à croire en la bonté de Dieu;
  • ton désir de vivre une transformation profonde et ton besoin d’aide;
  • tes péchés, tes blessures et tout ce que tu ne veux plus voir en toi-même;
  • ta décision de guérir coûte que coûte.

Détermine les pas concrets que tu vas faire pour marcher en nouveauté de vie.

* Ton « confesseur » peut être toute personne de confiance qui désire cheminer avec toi dans la prière et l’écoute pour t’aider à grandir dans ta relation avec Dieu, toi-même et les autres. Il peut s’agir d’un mentor, d’un directeur spirituel, d’un pasteur ou d’un ami.

Cet article a été publié pour la première fois en 2016 sur focusfamille.ca.

Anastasia Taioglou

Série

Redécouvrir le Carême : une saison pour renaître

Article 1

Une vie spirituelle intentionnelle

Article 2

La poussière ne se fait plus aucun souci

Article 3

La conversion : transformation de l’être intérieur

Article 4

Restaurer les profondeurs de son âme – partie 1

Partie 5

Restaurer les profondeurs de son âme – partie 2